Unicite Francois Mocaer

  • « Le vrai miracle est de marcher sur la terre », Houeï-Neng, en exergue à La Chine intérieure « Mes mains palpent le sol ancien, les hommes des millénaires Ont peu à peu creusé cette forme intérieure,ce lieu où je me tiens pour mon temps d'ignorance. » Henry Bauchau, extrait de La Chine intérieure.

  • Les cinéphiles connaissent le goût de Paul Vecchiali pour la chanson. Très proche de Jacques Demy, l'homme introduit, dans chaque film, quelques couplets, sans qu'on puisse pour autant parler de comédie musicale au sens strict. Tantôt joyeux, tantôt mélancoliques, les refrains accompagnent ainsi l'image, et font partie de l'univers propre au réalisateur, fondant une part de sa singularité, de son style. Car c'est bien d'écriture, de littérature qu'il est ici question, comme en témoignent les poèmes publiés en seconde partie. L'occasion pour le lecteur, de redécouvrir les productions de Vecchiali à l'aune de la mélodie, et d'explorer un autre versant de l'oeuvre, peut-être plus intime.

  • Nous retrouvons ici la fine écoute de Jean-Pierre Rousseau, ce poète du recueillement et de l'attention accordée à l'autre est également un traducteur amoureux, spécialiste des langues portugaise et finnoise. Il partage sa vie entre la France et le Brésil et a choisi de porter jusqu'à nous, par ses traductions, ces grandes figures : professeurs, voyageurs, diplomates, magistrats, mais aussi citoyens atypiques qui ont passé leur vie une oreille collée contre la terre pour capter le sens même de ce Brésil secret. Pays dont la carte nous emporte tant elle représente à elle seule, par sa forme, le souffle vital de ses habitants et de ses poètes, tous proches des choses les plus simples. Une mystique de l'humilité, ici, relie chaque mouvement d'horlogerie de notre quotidien à une étoile... Francis COFFINET

  • Moteur! / prenez votre ticket / installez-vous dans un fauteuil de lecture / ouvrez les yeux sur nos pages-écrans / où passe 35 fois un certain rêve de cinéma / au millimètre près / en VOP / (version originale poétique) / refusant l'explication de texte / mais composant avec l'inspiration des images / dont le montage donne leur chance aux jeunes premiers comme aux vieux routiers / encadre les pouvoirs hypnotiques de la série / envisage & dévisage des visages / ... / + d'exquis & vivants bonus / un long métrage de collures au final / que sectionne ce maître coup de ciseaux oral?: / coupez?! H.F.

    L'un cherche des affinités entre des mots ; l'autre, des affinités entre des images (comme un écrivain le ferait avec des mots). Pour que quelque chose se produise. Pareils à de la pâte (dans un moule à gaufres) ils se répondent librement, dans une forme de narration plastique.A.C.

  • En quelques livres, elle est parvenue à affirmer la singularité d'une écriture poétique contemporaine qui se joue des formats et des catégories.. La fulgurance poétique au coeur de son écriture réactive la force évocatoire du mot et de la langue : l'éclat lumineux de l'image, qu'elle apparaisse sous la forme du fragment ou du récit, nous plonge dans la sensation pure et nous invite à une expérience de lecteur hors du commun.



    Extrait :
    « Sorcière brûlée de l'intérieur chassée de la cité, femme, irradiante, connaisseuse, vive depuis nos entrailles, depuis la nuit des temps, de-puis le rouge du coeur qui amorce la pompe à la vie même, qui porte en elle et au-delà d'elle, qui transmet le monde tissé aux veines et ose reconnaître chaque fois le vrai du faux, si elle voit, si elle sent, si elle peut. Femme qui donne l'enfant et lui donne le monde, qui perçoit l'onde de choc, le vacillement... »

  • Il faudrait porter chaque poème de Francis Coffinet comme une pierre précieuse, fragile et sincère, qu'il est nécessaire d'ajouter aux paroles dont on retient la profonde vérité. On ne peut qu'aimer la précision du propos et la quête de pureté que la simplicité des mots cisèle pas à pas. Le dire du poète n'use ni de la thématique ni du procédé. Il s'apparente à une marche, à une méditation qui ne dévoile pas son mystère et incite le lecteur à le suivre.
    Je me suis embarqué à bord d'un voilier qui se glisse derrière ton oreille- J'ai cloué l'alphabet par les ailes et, avec le peu de gestes qui me restent, je te parle Je suis de la maison du songe est le quatrième recueil de la collection Le Vrai Lieu.

  • Marina Poydenot sait que l'essentiel, c'est d'être là. Sa poésie lorsqu'on l'a rencontrée ne nous quitte plus, elle marche, elle nous devance parfois un peu, elle est à nos côtés, ou nous suit de quelques pas. Ses poèmes sont de petites feuilles qui traversent le coeur des hommes et des villes pour remonter ensuite lentement vers la cime des arbres. Lire Marina Poydenot c'est comme observer au microscope, et jusqu'à l'efflorescence, les cellules mêmes de l'écriture.
    On se remémore, on aime chaque flux, on fait bloc avec les vivants et les évadés, on devient...
    « ... le coeur, ce massif de silence tourné vers le ciel. » Francis Coffinet Soeur consacrée dans la Communauté du Chemin Neuf, Marina Poydenot est poète, musicienne et bibliste.

  • Langage(s)

    Eric Dubois

    Les bruits du monde sont le paravent des habitudes Comme un bruit respire par le sésame porte porte porte nombre de pensées nombre établir le plan Joinville le pont litanie tremper ses pieds dans l'eau bruissante d'une rivière monotone dans le soleil miroir de face hiver grinçant saison des revenants des morts mis en abyme.

  • Un chant fait être ici ce qui est sous la voûte de nulle église et sa voix silencieuse était toujours là dans l'écoute des mondes appelant notre vie et notre regard au-delà des apparences et des douleurs et ses airs de forêts d'étoiles de landes nous peuplaient constamment de beauté son langage muet et vivant faisait notre amour et notre mystère éternellement.

  • Saute !

    Marine Fieyre

    Saute ! elle est là rêveuse elle a tout largué les amants les passants les papiers la mêlée elle a tout largué contre vents et marées et se laisse dériver au fil des courants concomitants elle savait déjà que même au plus bas y'avait toujours un endroit où déposer ses pas mais ce qu'elle ne savait pas c'est que tout la haut c'est bien plus rigolo

  • Muse au

    Marine Fieyre

    Avec ce deuxième recueil, Marine Fieyre use une fois de plus d'un langage à part, entre réalité brute et lyrisme, qui utilise tous les pouvoirs suggestifs de la langue pour nous offrir là des poèmes aussi surprenants que subversifs. Cette poète se laisse guider par des intuitions et la musique des mots qui font partie de son moi intérieur, et c'est peut-être là qu'est l'intérêt primordial de sa poésie qui détonne dans le paysage poétique actuel.

  • Arnaud Delcorte déploie une poésie intense où amours et sentiments se délient pour mieux se renouer. Poésie du corps en attente de l'autre. Poésie-béatitude et poésie-cataplasme opèrent dans une fusion entre pulsion érotique et recherche de plénitude. Le poète creuse en lui, va chercher l'intime dans ses tripes. Des poèmes qui donnent à sentir ce que l'amour a de plus exponentiel, amour des corps, amour regard. Le poète ici est dans cette présence qui cherche les signes de l'amour aux confins de lui-même, entre désirs, quête de sens, joies, douleurs.

  • Le livre parlé par 23 poètes est une anthologie de poètes contemporains ici rassemblés. Pour chacun, Anne de Commines croque un portrait. Chez les auteurs, elle recueille une maturité primordiale et insuffle ces ondes bienfaitrices qui les révèlent. Aux marges de ce monde, les poètes s'expriment et nous livrent leurs lignes à longueur de volutes. Écrits en exil, vestiges du cri, appels à l'amour, au règne des altitudes... ces plumes composites mosaïquent ce recueil et font valoir une identité poétique. À une époque tyrannisée par l'approche des extrémismes, la poésie recule et nous devons brandir son innocence héroïque. Engagée aux côtés des auteurs accueillis, Anne de Commines veut affirmer cette nécessité poétique, cette voix confidente, cette réappropriation vitale du silence créateur. Le livre parlé par 23 poètes s'élève contre ces nuits a-culturelles qui nous répètent et s'amassent en rimes obtuses. Autour des poètes présentés, Anne de Commines souhaite reconquérir le pays des dieux enfuis. À travers ce livre elle invite la culture poétique et la culture tout court à exprimer ses initiatives et ses diversités.

  • Tenere

    Fabien Marquet

    Tenere, c'est l'infinitif en latin du verbe Tenir. Tenir c'est garder à la main, être en possession de. La question de l'objet que l'on voudrait tenir et qui n'est jamais donné nous place au coeur de la poésie. Certes, écrire, c'est tenir, vigoureusement, son crayon (ce dont on est sûr). Mais au-delà ? Il y a l'espace de la page blanche... Et au-delà, le lieu où l'on écrit. Le poète entre dans le poème dans un état de cécité. Il a perdu le sens de l'évidence. La nuit s'est refermée sur lui. Sa main qui tâtonne doit toucher ce point où l'oeuvre n'est plus qu'affaire de perspective et fait sentir son poids. Et le poète se libère de son poids et entre dans son lieu par le nommer. Pour ne plus peser, l'oeuvre se tient à ce point où Sujet et Monde, Intériorité et Extériorité, Nuit et Jour s'équilibrent et communiquent dans le jeu du nommer.

  • Après Poèmes sous-vide (recueil paru dans cette même collection en 2019), Hélène Révay poursuit son chemin interrogeant l'invisible qu'elle voudrait saisir dans la parole poétique. Une fois posés les premiers jalons d'une conversation intime, entre dévoilement des sens et désir d'écriture, elle s'avance un peu plus loin dans les états du corps où le sens et les sens subtilement se mêlent. Le mystère reste intact. Infinie est la route qui jamais n'épuise la curiosité du lecteur. « Si dans les multiples chemins que j'ai empruntés autrefois j'avais trouvé une seule parcelle d'étoile sans doute, elle t'aurait appartenu en propre. Et avec elle, ta venue n'aurait pu être qu'inévitable. Nous nous sommes désincarnés en nous unissant au monde » J'emprunte la route qui rend fou l'horizon est le troisième recueil de cette collection qui en mémoire d'Yves Bonnefoy a été baptisée « Le Vrai Lieu ».

  • Jacqueline Persini et Gérard Mottet renouent ici en beauté avec la joute poétique, traditionnelle et vivifiante. Leur conversation en poèmes, tissée au fil des longues semaines de confinement, est dépassement d'une sidération individuelle et collective et plus encore d'un vertige existentiel. Elle vient nous rappeler qu'un bon poème est toujours un poème à l'écoute. Extrait de la préface d'Étienne ORSINI.
    Comment pétrir / ce qui n'a pas de forme / comment donner visage au feu / retenir le souffle du vent / apprivoiser / la mouvance des mers / toi qui marches sur des nuées / qui cours / après des ombres folles / tes pas / ne laissent pas de traces / et tes yeux seuls / retiennent l'eau / G. M / On voudrait apprendre / à pétrir la vie / comme on apprend / à pétrir le pain / inventant un levain / d'offrandes. / / à séparer /

  • Après Poèmes sous-vide et J'emprunte la route qui rend fou l'horizon, ce nouveau recueil d'Hélène Révay est une marche de plus franchie vers l'absolu où la place de l'Autre est interrogée avec vigueur. Peut-on rester seule sur le chemin de la vérité ? Quelle est-elle d'ailleurs cette vérité ? Le silence, qui n'est pas le vide mais un voeu, semble nécessaire à l'âme du poète lucide. Toutefois, nul ne saurait s'en contenter. Le lecteur est invité à résonner avec le poème, comme miroir ou comme écho.
    En dessous du silence, il y a quatre mains qui courent, et un oeil semi-aveugle, qui voit à travers ...
    En dessous du silence, il y a le soir qui doit venir, et la misère nue et puis celle qu'on maquille.
    Il y a aussi des étendues à perte de soi, et la joie du vainqueur au-dessus.
    La grande vitesse est le dixième recueil de la collection Le Vrai Lieu.

  • « c'était déjà l'été sur B. et dégringolaient les roses, les jasmins, les rhododendrons, les marguerites, les pivoines, les clématites et B. resplendissait depuis trois mois B.
    Résonnait du raffinement alterné des feuilles puis des fleurs de printemps je contemplais les fruits déposés désormais je me laissais porter par l'odeur désirable et vagabonde mais surtout - porter le chant de B. qui s'était tue soudain juste avant le printemps couvant ses bourgeons sans compter j'étais l'autre petite fille qui court... »

  • Comment ne pas lire les poèmes de Marie-José Salas de Ballesteros sans se rendre compte qu'ils sont traversés par un don impérieux de nous apprendre, à nous lecteurs, la transgression des modes de langages.
    Incessante coulées de sève poétique et métaphysique, inspiration trouvant sa justification jusque dans cet insolite qui nous fait sentir cette part d'insondable que cette poétesse porte en elle comme un secret ouvert.

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