L'arbre A Paroles

  • Poèmes anglais

    Fernando Pessoa

    Entre l'âge de 8 et 17 ans, Fernando Pessoa a vécu en Afrique du Sud ; il lui en restera une parfaite maîtrise de la langue anglaise. S'appropriant cette langue qui n'est pas la sienne, il la réinvente à sa façon (un peu à la manière de Beckett écrivant en français). Si, de son vivant, il n'a publié sous son nom qu'une seule oeuvre en portugais, sont par contre parus quatre recueils en anglais, plus de nombreux fragments, rassemblés dans ce livre. Dans une grande rigueur d'expression, Pessoa y atteint les sommets de la poésie métaphysique, notamment dans Antinoüs et dans les Trente-cinq sonnets, qui comptent parmi ses plus grands chefs d'oeuvre.

    Charme.
    De la rive lunaire des songes, Je tends vers toi mes mains jointes, O toi qui descendis d'autres fleuves, Que ceux que l'oeil espère voir !
    O couronnée des rayons de l'esprit !
    O spiritualité voilée !

    Mes rêves et mes pensées abaissent, Leurs oriflammes à tes pieds.
    O ange qui naquis trop tard, Pour rencontrer l'homme déchu !
    Sous quelles neuves espèces sensibles, Nos vies jumelles connaîtront-elles, la douceur ?

    De quel nouvel émoi dois-je, Rêver pour te croire mienne ?
    De quelle pureté du désir ?
    Toi qui te vrilles comme une vigne, Autour de ma foi caressée !
    O vin de l'esprit pressé en rêve !

  • Écrire de la poésie depuis plus d'une quinzaine d'années et parcourir en long et en large sa production littéraire, c'est comme effectuer un périple en train - de Moscou à Cap Town. Vous traversez des bourgades de mille âmes, des mégalopoles, des forêts, des prairies, des landes, des espaces désertiques... Vous entrevoyez toutes sortes de nuages. Des animaux chevauchant la savane. Des éoliennes. Des cimetières. Des églises. Des gares désertes et paumées par-dessus le marché. Des cockpits soudoyés par le soleil. Des restaurants à trois sous l'assiette. Des montagnes enlacées par les eaux. Des usines à l'abandon. Des ponts suspendus. Des cars de camping. Il en ressort de ce voyage de l'émerveillement, de la déraison et de la fatigue, mêlés aux questions existentielles.
    Ce livre occupe une place particulière dans mon parcours. S'il reprend les thèmes que j'affectionne, il contient également des germes de rupture. Il est mon tout premier ouvrage à s'inspirer de manière directe de la tradition orale luba. Je puise dans la spiritualité de ce peuple dont je suis issu. J'évoque sa marche vagabonde à travers le passé. Je réanime les us et coutumes et tisse des liens avec le Kasala, genre littéraire oral. C'est un retour au pays natal, après une dizaine de vies en Europe.

  • Mes hamsters, rec¸u par la Poste un jour de novembre, est un e´blouissement. Il se lit comme une autobiographie - ce qu'il est - mais il en e´vacue le superflu pour ne se concentrer que sur quelques the`mes obse´dants : le milieu d'origine, le poids de la religion, le jardin derrie`re la maison, mais aussi ces fameux hamsters, indissociables des souvenirs de l'auteure. Autant de the`mes qui font tourner la petite roue de la me´moire avec tout le grinc¸ant qu'il faut. Car l'e´criture de Ve´ronique Roelandt n'est pas sage. Elle semble l'e^tre. Mais a` coups de touches mordantes et ironiques, elle tient davantage de William Cliff et de son Autobiographie que du carnet de cate´chisme. « Mon dernier hamster portait un nom de dessin anime´, ce qui ne l'a pas empe^che´ de crever », peut-on lire par exemple. Chef d'oeuvre de concision, ce texte a le gou^t d'un album de photos de famille, a` ceci pre`s qu'ici, les photos ont la voix, elles parlent ! C'est la` la grande re´ussite du projet. En nous parlant de nous, ces photos nous e´meuvent et re´activent la roue de nos propres souvenirs.

  • Ce recueil, c'est de la poe´sie contemporaine, mais moins dans la forme que dans le choix des sujets et la fac¸on de les traiter. Par exemple, Karel Logist e´crit directement sur son smartphone. Comme pour s'assurer que dans leur saisie me^me, ses mots parlent du monde tel qu'il est, tel qu'on l'habite. Mais surtout tel que lui l'habite. Car c'est bien un autoportrait qu'il nous offre, le portrait de quelqu'un qui a voue´ sa vie aux mots et qui regarde le monde depuis un e´tonnement jamais passe´. Certes, on sent de la lassitude et de la tristesse. Certes, bien des choses emmerdent le poe`te. Mais la grande force de ces 69 selfies flous est de ne jamais verser dans la de´sespe´rance. Au contraire, ils nous rappellent que la vie a «besoin d'e^tre aime´e et envie d'e^tre de´sire´e, de prendre le vent de face, de sentir et de consentir, de se savoir surprise». En ces temps incertains, qui n'y souscrirait pas?

  • Black Words, avant d'être le livre que vous tenez en main, a été une performance mélangeant le slam, la danse, les musiques électroniques et la photographie.Réflexion sur les représentations que nous avons du corps des femmes noires, elle bousculait aussi les codes d'une certaine poésie érotique. Devenu livre, Black Words poursuit ce déboulonnage des stéréotypes liés à la femme noire, casse les codes de la pensée clivante et sonne le glas des sourds héritages.

    « Nous sommes fiertés. Nous sommes claques. Nous sommes braises », nous dit Lombé, qui écrit, qui colle et qui slame pour que ses enfants, dit-elle, n'oublient pas de quel ventre ils sont nés.

    Leçon de vie et d'indépendance, Black Words nous propose avant tout un pari, celui de la vitalité, en opposant aux tristes et aux atrabilaires le seul discours qui vaille, un discours fait de joie et de lucidité : « Méfie-toi des adultes grincheux et peureux qui ne te donnent pas envie de grandir ! Développe ton intelligence interculturelle : lis, voyage, amuse-toi, fais-toi des amis de tous bords ! Le monde est beau ! Méfie-toi des solutions simplistes et toutes faites ! Le monde est beau mais très complexe ! Et quand tu entendras que les étrangers sont des parasites, qu'ils volent le travail des Belges ou qu'ils sont dangereux, souviens-toi de notre conversation, de la poésie qui ne connaît pas les frontières et de la manière dont je t'ai regardé droit dans les yeux ! »

  • "Carte pour le monde à venir" est le cinquième livre de l'auteure amérindienne Joy Harjo, l'une des plus importantes poétesses américaines. Publié en 2000 chez W.W. Norton and Company, il alterne poésies et récits.
    En entretissant poèmes et courts récits, modulant des histoires qui se font mutuellement écho, Joy Harjo nous emmène dans un voyage aux multiples facettes. Voyage à travers l'histoire, en lien avec les migrations des Amérindiens et le déplacement de sa tribu, les Creeks. Voyage à travers le monde : des terres amérindiennes natales à Hawaï, en passant par l'Italie, l'Inde ou l'Égypte... Voyage intérieur, enfin, grâce au pouvoir du rêve et de la mémoire. En voyageuse infatigable, Joy Harjo tisse entre les êtres - proches et lointains - des liens inattendus. Ses mots content la violence, l'inimitié, l'exploitation des plus faibles et la douleur des séparations, mais aussi la force de l'amour, du soleil et de la bonté de certains êtres, une force qui persiste au-delà du danger et de la mort. L'expérience urbaine et contemporaine croise le passé historique et mythique amérindien dans un heureux mélange de réalisme et d'éléments oniriques. Le monstre des eaux emmène le père loin de sa famille. Le sage corbeau dialogue avec les hommes et l'araignée les intègre dans la trame de l'histoire. Ciselés comme des contes, ces textes continuent de résonner longtemps après les avoir lus, tant ils parlent à cette part essentielle de nous-mêmes : la part poétique, méditative et profondément humaine.

  • La première chose qui m'est venue à l'esprit, c'était le souvenir de mon père qui m'apprenait à lire quand j'avais cinq ans, lui qui n'était pas allé plus de trois ou quatre ans à l'école primaire, lui pour qui l'écriture était «utile».
    Assise sur ses genoux, sage, docile, désireuse de savoir ce que cachaient ces signes mystérieux, je suivais le chemin de ses larges doigts sur les lignes de la La petite chèvre turbulente. Il dissipait, avec le dévoilement de ce premier livre, la brume qui me cachait l'autre sens des mots quand ils sont fixés sur le papier. Il ouvrait les portes de mon émancipation. Il me montrait le chemin de mes futures évasions.

  • Vivre au vingt et unième siècle est un texte unique en son genre : récit poétique interrogeant notre utilisation massive des nouvelles technologies, il se présente comme une plongée, une descente dans le tourbillon de ce quotidien ultra-connecté qui est le nôtre. Un quotidien où nous nous approchons sans nous toucher, où nos rencontres amoureuses se font en ligne et où nous partageons nos voeux d'anniversaire, le plus naturellement du monde, sur des messageries virtuelles. Mais ce qui est saisissant ici, c'est l'approche, ni technophile ni technophobe, mais bien plutôt ultra sensible : on est là, avec l'auteur, et l'on sourit parce que l'on se reconnaît dans ces tableaux qu'il peint, et parce que ces êtres sans repos, happés par ces lueurs et ces écrans, c'est nous, voilà, c'est nous en ce moment même, ici et maintenant. En se penchant sur un sujet a priori dénué de poésie, le tour de force d'Edgar Kosma est précisément de nous montrer que ce drôle de monde où nous vivons, n'en est pas moins rempli de beauté, de raisons de se réjouir et de tomber amoureux. Telle est la grâce d'un livre qui parlera à chacun d'entre nous : nous faire ouvrir les yeux sur ce que nous ne voyons plus, nous faire prendre un peu de hauteur et nous rappeler quelques vérités essentielles. Avant que tout ne cesse et ne s'efface, qui sait.

  • "Est-ce un recueil? Un essai? Un manifeste? Un manuel de poésie orale? Une tentative de donner la poésie à entendre? Le partage d'une passion? Des pistes pour écrire? Un splatchwork!
    Avec la curiosité d'un entomologiste, l'Ami Terrien plonge dans ses propres textes pour illustrer des figures connues et moins connues de la poésie orale et nous emmène dans une recherche sur les formes qui hantent nos poèmes, à la découverte du fantôme dans le miroir. Ensuite, le fantôme prend corps et cris."

  • Un collectif hors norme avec 23 autrices et auteurs... La Ligne blanche est un ouvrage collectif qui rassemble 23 textes d'auteurs et autrices belges, français, turcs, italiens et congolais, venus du roman, de la poésie, de la bande-dessinée, du théâtre et du journalisme : Laurent Demoulin (Prix Rossel 2017), Nathalie Skowronek, Myriam Leroy, Lisette Lombé,Philippe Marczewski, Serge Delaive, Aline Dethise,Annick Walachniewicz, Carl Norac, Vincent Tholomé,Pascal Leclercq, Aurélie William Levaux, Aliette Griz,Carole Zalberg, Fiston Mwanza Mujila, Inatello Passi,Karel Logist, Alexis Alvarez Barbosa, Julie Remacle,Anne Versaille, Yadel (Kenan Görgu?n), Ysaline Parisis et David Giannoni. Tous ont répondu à l'invitation d'Antoine Wauters, qui leur a simplement demandé ce que cela évoquait pour eux, la « ligne blanche ». À quoi pensaient-ils ? Que voyaient-ils ? Pour lui, il était évident qu'elle était une soustraction, un retrait, une brèche dans le grand bruit du monde ou quelque chose s'en approchant, un lieu magique d'où viendrait puis s'en retournerait tout ce qu'on dit, tout ce qu'on écrit. Une ligne parfaite, remplie d'une écriture qui n'aurait pas besoin de se montrer pour exister. Un effacement. Quelque chose comme ça. Mais non.

  • Troisième livre de Doina Ioanid édité à l'Arbre à paroles, Histoires du pays des babouches est une nouvelle petite merveille d'inattendu. Comme dans ses précédents recueils (Rythmes pour apprivoiser la hérissonne et Coutures), l'auteure ausculte le monde de sa langue délicieusement désuète, et nous le donne à voir comme jamais on ne le voit. Mieux, elle nous le donne à goûter, à ressentir, à vibrer. Mais attention, dans ce Pays des babouches, les grandes choses n'ont aucune place. Mieux, elles n'existent pas. Ici, c'est le petit qui compte, le détail, ce que d'habitude on ne remarque pas. Oignons. Citrons. Violettes. Sel et poivre. Voilà ce qui intéresse Ioanid, voilà ce qui la titille. « Prendre le chemin du poivre et du sel. Leurs histoires te rassemblent comme les doigts d'une main. Et de nouveau cette musique d'un tram qui ramène des souvenirs sur ses rails. Sel et poivre, le chemin de tes pas sur le plancher blanc. » Plus que jamais, l'auteure tisse des micro-fictions à base de dentelle et de souvenirs. Plus que jamais, elle relance les dés du réel et le rejoue ailleurs, sur ces terres où - et c'est la force de toute littérature authentique - la vie peut être vécue différemment, avec une intensité différente, avec fantaisie, avec audace, avec douceur et nostalgie. Ce pays des babouches, c'est le pays du conte.

  • Dans ce recueil, Fre´de´rique Martin s'oppose a` tout ce qui re´duit ou menace notre existence. Rompant avec « le bruit de l'e´poque », elle nous invite a` sortir du faux moi et du discours commun pour entrer en échange avec l'univers vivant et accomplir, jour apre`s jour, ce qu'on peut devenir. Fustigeant les de´rives de la socie´te´ marchande qui recre´e le monde pour son usage personnel et brime l'esprit humain dans sa capacite´ cre´atrice, elle propose ici un ensemble de textes qui sentent bon l'insoumission, rendent la parole a` la vie solaire et initient un chemin vers une joie qui a le gou^t des autres.

  • Prodiges d'avant le doute croyances dans le besoin de peur de peu Je descends au milieu des ronces, loin de tout, en retard, la peau déchirée, le sang pompé par les tiques, seule. La pente est casse-gueule, il pleut. Voilà que c'était pour lui, cette traversée des broussailles, cet épineux enjambement d'aucune trouée, ce délicat sondage des taillis, cet avancer trop lent, précautionneux, sans un passage, ce silence, c'était pour lui qui ne se tourne pas, ne frémit pas, ne bouge pas une paupière, regarde tout et ne regarde rien, qui m'écoute, ramassé sur les postérieurs, intensément, qui va bondir. Pas encore. Qui reste. À deux pas de moi. Qui m'offre ça : la seconde du grand cerf anxieux.
    Présence écrasante du présent et du récit entendons : un par fait

  • 8 ans

    Remacle Julie

    J'habite une planète improbable dans un pays improbable près d'un fleuve ça s'appelle la Terre la Belgique et la Meuse ça sent les frites l'usine la betterave c'est souvent l'automne il y a une centrale nucléaire aussi juste à côté si ça explose tout le monde est mort

  • Disparue

    Catherine Barsics

    En mars 1998, Suzanne Gloria Lyall, dix-neuf ans, disparaît dans l'état de New York. Je prends connaissance de cette disparition au travers du travail photographique de Virginie Rebetez, publié chez MetaBooks. Ces images me marquent durablement. Je recueille des informations autour de ce fait divers, et j'écris. Je me passionne pour les forums internet consacrés au true crime, pour les nombreux podcasts américains qui traitent de disparitions et d'affaires irrésolues. Ils enrichissent l'aspect documentaire de Disparue. Le fait divers mérite qu'on lui accorde une attention particulière, en tant que témoignage d'un lieu, d'une époque, en tant qu'interrogation sur l'individu et l'identité. Travailler cette matière de façon poétique permet de transmettre, par la structure et la musique du texte, la recherche d'identité perdue, les tâtonnements de l'enquête, la tentative d'approcher au plus juste la vie et les derniers instants connus de la disparue, et enfin de faire percevoir le vide envahissant de l'absence de Suzanne. L'enquête poétique offre au lecteur de trouver son propre chemin parmi les bribes de souvenirs et indices, de fabriquer sa propre idée du destin de Suzanne. Le recueil interroge aussi, de manière plus générale, notre rapport à l'enfance et à l'adolescence.

  • Ici

    Pierre Schroven

    Ici est le onzième recueil de Pierre Schroven aux éditions L'Arbre à paroles. Le poète nous décrit un endroit où le temps n'avance pas et où l'espace est infini, un lieu où « chaque jour reste à voir » et où « rien n'est / tout advient ». Ici, il atteint « un pays d'ailleurs où l'on devient plus que soi ».

  • Aussitôt, le zèbre m'a ému. (...). Je voulais être son frère. J'ai posé ma main sur son dos en prenant soin de ne pas l'effrayer et de ne pas provoquer une réaction vive de sa part. Son pelage a frémi et j'ai senti comme de l'électricité dans la paume de ma main. J'ai voulu que ce contact ne cesse jamais. J'ai voulu que ce zèbre et moi ne soyons jamais séparés, qu'il devienne moi, et que je devienne zèbre. Le zèbre avait un air terriblement triste, comme si le terme du voyage ne pouvait être qu'ici, chez moi. Je ne sais pas si vous me comprenez...

  • « La Grande Mitraque, c'est le monde actuel dans ses aspects les plus immédiats, c'est aussi le conformisme, la bêtise, la cruauté de notre temps, c'est le baroque bariolé des Prisunic, la fureur des gadgets, c'est l'érotisme arrogant de la rue, des bars et des magazines ».
    - Extrait de la préface d'André Miguel.

    En mai 1968 paraissait la Grande Mitraque aux éditions Henri Fagne. « Envoie ce livre aux auteurs que tu aimes. » Voilà le seul vrai conseil que le poète André Miguel donna au jeune Jean-Pierre Verheggen à la sortie de ce livre. Pour les cinquante ans de ce livre mythique, L'Arbre à paroles publie une toute nouvelle édition, augmentée de certaines lettres reçues d'auteurs prestigieux (dont Norge, Louis Scutenaire et François Le Lionnais, cofondateur de l'Oulipo).

  • Les Astropoèmes sont des cartes pour le monde présent. Si vous vous y glissez, vous apprendrez des choses sur votre fonctionnement et votre environnement. Sur votre intimité. Vous n'oublierez plus de mettre le cadavre dans la poubelle verte. Vous saurez que si vous pleurez, il est préférable de le faire sous la douche, ou au-dessus du lave-vaisselle. En fait, vous aurez le sentiment de vous rapprocher de vous. Vous saurez comment déjouer les pièges que vous vous tendez à vous-même, et ceux que l'on vous tend. Vous n'aurez plus peur et, par-dessus tout, vos journées seront de plus en plus claires. Limpides.

    Car dans ces horoscopes élevés au rang de haïkus insolites, vous reprendrez contact avec la magie primitive, celle des mots qui s'écrivent dans un élan farceur, celle de l'imagination débridée et du pouvoir performatif de la parole. Au pays de Vasquez et de Calleja, il n'y a pas de poésie sans jeu et sans joie. Et si on s'en souvenait pour les mondes à venir ?
    Laura Vazquez vit à Marseille. Elle a publié plusieurs livres aux éditions Derrière la salle de bains, Cheyne, Plaine page et Littérature Mineure. Elle fait des lectures partout et des vidéos sur internet.

    Arno Calleja vit à Marseille. Il écrit des textes courts en revue et sur le web. Derniers livres parus : La performance (Joca Seria, 2013). Tu ouvres les yeux tu vois le titre (Le Nouvel Attila, 2018).

    Ensemble, Laura et Arno dirigent la revue Muscle.

  • Un corps est né, on lui a donné le nom de Jérôme Poloczek, le corps change mais le nom reste le même, il a rédigé cette phrase dans un train, elle aurait pu dire qu'il respire et salive et est un animal, comme toi qui as un nom, mais un corps qui n'est jamais le même. www.popovchka.net Si je perdais mes jambes, mes bras, mes ongles, mes omoplates, mes seins, mon poumon, ma langue, mes dents, mon nez, mes yeux, mes oreilles, mes cheveux, je survivrais avec un trou du cul, un estomac, une colonne vertébrale, un coeur, un poumon, du sang, un cerveau. Des parties dans lesquelles des parties changent microscopiquement.

  • Poussiere

    Carino Bucciarelli

    Avec un sens de l'autodérision et un humour qui n'appartiennent qu'à lui, Carino Bucciarelli nous entraîne dans un tourbillon de situations insolites qui visent à stigmatiser l'arrogance déplacée de nos petites personnes occupées ; mieux, porté par l'absurde de Beckett et « l'impuissance à se conformer » de Michaux, il dresse le tableau de nos folies ordinaires, met en évidence le manque qui nous ronge, questionne les apparences et au final, réduit en cendres ce que nous croyons être. Bref, Poussière est un livre qu'on ne peut considérer sans vertige tant il transgresse la raison commune, chante pour des images inconnues et ouvre une voie singulière dans la découverte du fondement des choses et de nous-mêmes.

  • Enfant un de mes jeux favoris consistait à me cacher dans le poème pendant des années sans ressortir, C'était durant la guerre et dans la cachette il y avait aussi la guerre et pour se faufiler dehors il fallait se déguiser en petite fille, Les francs-tireurs ne tirent pas sur les petits parfois, Entre-temps le temps a passé sans me dire, Dans ma cachette la mort ne venait pas ni la vie ni personne, Ce n'était pas un endroit, Et même pour celles et ceux qui sauraient qu'une telle cachette existe le poème est sans porte.

  • Rio Di Maria travailla avec constance et joie, les derniers mois de sa vie, a` cette nouvelle e?dition revue et augmente?e de ce livre qui comptait tant pour lui avec de textes ine?dits et des dessins de sa cre?ation. E?blouissements d'exil e?tait en effet le livre qu'il che?rissait le plus, comme une saveur de la Sicile natale qu'il avait du^ quitter, lui devenu voyageur au Nord de l'Europe. Notre grand regret sera de ne pas avoir pu sortir ce livre de son vivant. Qu'il circule a` pre?sent, gra^ce a` ses lectrices et ses lecteurs.

  • Je vous salue / mes compagnons de route et de déroute / passants d'anonymes partages de mon voyage sans boussole / frères obscurs des passages secrets / Qu'on ne me cherche plus de ce côté de l'eau / dans un rang sur une scène ou dans la loge sept / Je me mets entre parenthèses / je prends le large / je déserte ma rue / ma cour ma demeure ma chambre / ma femme mon enfant et mes bêtes / pour donner corps aux quelques rêves / que je perds trop souvent de vue / pour un autre versant du monde / plus juste plus honnête / plus transparent sans doute / où j'apprends à me supporter...

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