Sciences humaines & sociales

  • « La première fois que j'ai entendu parler de Thomassin, c'était par une directrice de casting avec qui il avait travaillé à ses débuts d'acteur. Elle m'avait montré quelques-unes des lettres qu'il lui avait envoyées de prison. Quand il a été libéré, je suis allée le voir. Routard immobile, Thomassin n'aime pas bouger hors de ses bases. Il faut se déplacer. Je lui ai précisé que je n'écrivais pas sa biographie, mais un livre sur l'assassinat d'une femme dans un village de montagne, affaire dans laquelle il était impliqué. Mon travail consistait à le rencontrer, lui comme tous ceux qui accepteraient de me voir. » F. A.

    Le village, c'est Montréal-la-Cluse. La victime, c'est Catherine Burgod, tuée de vingt-huit coups de couteau dans le bureau de poste où elle travaillait. Ce livre est donc l'histoire d'un crime. Il a fallu sept ans à Florence Aubenas pour en reconstituer tous les épisodes - tous, sauf un. Le résultat est saisissant. Au-delà du fait divers et de l'enquête policière, L'Inconnu de la poste est le portrait d'une France que l'on aurait tort de dire ordinaire. Car si le hasard semble gouverner la vie des protagonistes de ce récit, Florence Aubenas offre à chacun d'entre eux la dignité d'un destin.

  • Iris Brey théorise le regard féminin, ou female gaze, une façon de filmer les femmes sans en faire des objets, de partager la singularité des expériences féminines avec tous les spectateurs, quel que soit leur genre, et renouveler notre manière de désirer en regardant sans voyeurisme.

    Des joyaux du cinéma à certaines oeuvres plus confidentielles, en passant par quelques séries et films très contemporains, Iris Brey nous invite à nous interroger sur le sens caché des images.

  • Depuis son arrivée au Monde comme grand reporter, Florence Aubenas continue d'explorer la « France d'en bas ». Loin des beaux quartiers, elle arpente les plages du sud-est, les banlieues ou les villes du Nord, à la recherche d'un peuple de plus en plus délaissé par le monde politico-médiatique. En France réunit la majeure partie de ces reportages. Fidèle à l'esprit qui animait Le quai de Ouistreham, ce livre s'attache avant tout à capter l'humain, en restituant un certain « ton » - tantôt gouailleur, tantôt désabusé ou parfois même révolté - qui est celui des interlocuteurs de Florence Aubenas, avec qui elle a su nouer une vraie complicité. C'est alors seulement que se dévoile son vrai propos, qui est de nature essentiellement politique, au sens noble du terme. Chômeurs, parents d' élèves, jeunes filles de banlieue, électeurs de gauche ou du Front national, ils dessinent l'un des visages possibles de la France de demain.

  • - Arrêtons le massacreDéjà couvert d'éloges (en particulier ceux de J.M. Coetzee), best-seller aux U.S.A., en Italie et en Allemagne, ce premier essai de J.S. Foer est un coup de maître.Les questions qu'il pose - et les réponses qu'il propose - sont universelles : pourquoi l'homme est-il carnivore ? cet usage est-il moralement légitime ? Et surtout : comment traitons-nous les animaux que nous mangeons ?Convoquant souvenirs d'enfance, données statistiques et arguments philosophiques, J. S. Foer interroge les croyances, les mythes et les traditions familiales et nationales existant à ce sujet, avant de se lancer lui-même dans une vaste enquête. Entre une expédition clandestine dans une usine d'abattage industriel et un reportage sur un ranch où l'on pratique l'élevage traditionnel, une recherche sur les dangers du lisier et la visite d'une ferme où les dindes sont élevées en pleine nature, J. S. Foer explore tous les degrés de l'abomination, et les derniers vestiges d'une civilisation où l'animal était encore respecté. Choquant, drôle, inattendu, ce livre devrait susciter passions et polémiques.

    - Né en 1977 à Washington, DC, Jonathan Safran Foer fait des études de lettres à Princeton sous la direction de Joyce Carol Oates et Jeffrey Eugenides. En 1999, il part pour l'Ukraine afin d'y retracer la vie de son grand-père. De ce voyage naît son premier roman, Tout est illuminé, qui devient un événement littéraire international. Il publie en 2005 son deuxième roman, Extrêmement fort et incroyablement près : " Pyrotechnique, énigmatique et, avant tout, extrêmement émouvant. Un exploit hors du commun " (Salman Rushdie).Jonathan Safran Foer vit à Brooklyn avec sa femme et leur fils.

  • Un jour, lors d'un dîner mondain, Rebecca Solnit se voit questionnée par un homme sur son travail d'écrivain. Son dernier livre vient de paraître, il traite du Far West et de l'industrialisation. Aussitôt, l'homme la coupe : « Mais avez-vous lu ce livre très important qui vient de paraître sur le même sujet ? ».
    Et l'homme de pérorer sur un sujet qu'il ne maîtrise pas, mais sur lequel il a, bien sûr, beaucoup à dire. Seul problème : le livre « très important » en question a été écrit par... Rebecca Solnit elle-même. À partir de cette anecdote, Solnit développe un concept : les « mecsplications ». Comprendre, ces hommes qui croient à tort savoir mieux que les femmes ce qu'elles doivent penser, dire, ou encore écrire.

    Mais ce n'est pas le seul angle d'attaque de ce recueil à l'intelligence protéiforme : qu'elle aborde la culture du viol, la question du mariage pour tous, la puissance du patriarcat ou l'oblitération de la parole des femmes dans l'histoire, Rebecca Solnit examine avec humour, colère et sens de la nuance les nouvelles questions que doivent affronter les femmes du vingt- et-unième siècle.

  • Qui a été historiquement réduit au silence, et pourquoi ? Comment les femmes et les minorités sont-elles parvenues à récupérer, ou non, leur parole ? En quoi un changement politique est-il avant tout un changement de récit ?

    Pour répondre à ces questions, Rebecca Solnit balaye un grand nombre de sujets, de l'histoire des droits civiques et de l'esclavage, à la culture du viol dans les campus américains, en passant par la masculinité toxique.

    On retrouve ici la vivacité d'esprit de l'auteure, son opiniâtreté à déjouer tout ce qui, dans la culture, dans les institutions, dans la sphère publique, entend amoindrir la parole des femmes, et réduire leur place. Rebecca Solnit y met au jour les normes sous-jacentes contenues dans nos discours.

  • « Le jour où un ancien ensorcelé m'annonça que j'étais «prise», que mes symptômes et l'état de ma voiture en témoignaient à l'évidence, et qu'il me demanderait un rendez-vous chez sa désorceleuse, Madame Flora, j'en fus presque soulagée. »L'anthropologue et psychanalyste Jeanne Favret-Saada rapporte dans Désorceler la suite de ses travaux sur la sorcellerie dans le Bocage de l'Ouest français. Dès ses premiers livres publiés chez Gallimard, les travaux de Jeanne Favret-Saada ont frappé les esprits en ce qu'ils s'opposaient à la doxa anthropologique ainsi qu'à un usage conventionnel de la psychanalyse : l'auteur s'était en effet laissé impliquer dans les processus qu'elle étudiait et, bon gré mal gré, elle était devenue désorceleuse.Presque trente ans ont passé et la démarche comme le travail de l'anthropologue n'ont rien perdu de leur originalité. Le présent livre est donc un retour sur les matériaux relatifs au désorcèlement - description des éléments empiriques, étude du désorcèlement comme thérapie du collectif des habitants d'une ferme, description de l'invention de cette thérapie au cours du XIXe et du XXe siècle, illustration du travail (très inquiétant) de Madame Flora, magicienne-thérapeute, etc.-, et pose la question de savoir comment le fait d'« être affecté(e) » permet paradoxalement de construire un discours scientifique . ici sur la sorcellerie.

    Bref, un ouvrage.envoûtant, accessible à tous et, au sens propre, extra-ordinaire.

  • - " S'il peut sembler naïf d'écrire un éloge de l'impuissance, il vaut sûrement la peine de se demander pourquoi le psychanalyste la voit comme un défaut fatal. Ou, en langage séculier, pourquoi il est si difficile de décrire notre impuissance comme un don plutôt que comme une malédiction.Tant de choses semblent dépendre de ce que notre impuissance nous inspire. "" Être un embarras ", " être impuissant ", " perdre et être perdu " : trois " capacités négatives " qui, sous la plume de l'auteur, prennent une valeur sinon positive du moins différente, nécessaire, spécifiquement humaine. Si elles ont une résonance immédiate dans l'enfance (où être un embarras, être impuissant, être perdu sont comme trois angoisses majeures interdépendantes), elles se manifestent aussi - dans cet essai au carrefour de la psychanalyse, de la philosophie et de la littérature - comme les trois obstacles qui placent l'adulte devant un défi intime : en termes simples, vivre pour de bon, ou faire comme si.Cet essai est aussi vif et original que son auteur, Adam Phillips, un essayiste qui selon Le New York Times " combine l'énergie des grands esprits universels de l'ère victorienne, comme Thomas Carlyle et John Ruskin, avec une croyance radicale dans l'indétermination de toute vérité, qui caractérise la sensibilité post-moderne de Walter Benjamin ou de Jorge Luis Borges ". Et c'est un fait qu'Adam Phillips, " le ténor des psys britanniques " comme le qualifie un récent article du Point, fait souffler un vent nouveau sur la psychanalyse.

  • En 1946, dans une conférence faite à la société psychanalytique de san francisco, l'un des derniers représentants des lumières défend la grandeur de freud.
    Theodor w. adorno, que l'on tenait pour plutôt acerbe à l'égard de la psychanalyse, prend position en faveur d'une radikale psychoanalyse contre ceux qu'il nomme les "révisionnistes néo-freudiens" dont la pensée "frappée au coin de l'anodin" et les formulations du niveau d'un "courrier des lecteurs" ne sont pas tolérables à qui essaie de comprendre les rapports entre la société et l'individu après auschwitz.
    Les ennemis de freud "pactisent avec le bon sens", "confirment les préjugés sociaux", ne se "distinguent plus guère de l'indignation bien-pensante" ils sont "universellement acceptables". la mise en pièces amère et sans appel a sa place dans les polémiques d'aujourd'hui. la conférence d'adorno, inédite en français, est traduite et située dans l'histoire des idées par jacques le rider.

  • Ce livre est le récit d'une amitié : entre Samuel Beckett, le peintre Avigdor Arikha et sa femme, Anne Atik, scribe minutieuse de leurs rencontres.
    Trente ans d'une conversation ininterrompue, à Montparnasse et ailleurs. Trente ans de discussions, de confidences, de silences. En s'effaçant constamment derrière les deux hommes, Anne Atik parvient, grâce à son étonnant sens du détail, à capturer ces instants, jamais ordinaires, d'une vie avec " Sam ". Fragments d'intimité où Beckett révèle sa passion pour la poésie, la peinture et la musique, et aussi une immense tendresse.
    C'est cette spontanéité qui fait de Comment c'était un récit unique et bouleversant.

  • Cette biographie, due à son meilleur connaisseur, met la pensée de Winnicott en tension, voire en crise : il s'agit d'une biographie critique. D'où, peut-être, le fait qu'on ait dû attendre vingt ans pour qu'elle paraisse en français. Dans les années 1980, en effet, le médecin parfois un peu trop positif du couple mère-enfant, que l'on se contentait souvent en France de voir comme un théoricien délicat et original, semblait installé à l'écart des conflits - ceux de la sexualité, ceux du pouvoir, et ceux, s'ils en diffèrent, de la psychanalyse. Il a fallu du temps pour déchanter. La " capacité d'être seul " - titre d'un de ses articles célèbres paru en 1958 - deviendra une vision hautement conflictuelle et quasi négative de l'homme quand, en 1963, Winnicott écrira : " Chaque individu est un isolat, en état permanent de non-communication, inconnu en permanence, en fait jamais découvert ."

  • Le Laboratoire central réunit neuf entretiens et exposés de J.-B. Pontalis entre 1970 et 2012, dont certains inédits, en réponse des questionnements sur les rapports de la psychanalyse et de la littérature (" De l'inscrit à l'écrit ", entretien avec Pierre Bayard), mais aussi, en arrière-fond, explicitement parfois, sur le lien entre psychanalyse et politique (" Détournements ? ", entretien avec Marcel Gauchet). Ce titre - Le Laboratoire central - est en hommage à Max Jacob, que l'auteur a connu avant son internement en camp. Le " laboratoire central " est l'entretien que le psychanalyste a avec ses patients, avec ses collègues et avec lui-même, où il fait travailler ce à quoi il tient et croit, centralement, tout en cherchant à se mettre en difficulté, à " penser contre soi ". Avec ces échanges loyaux où il ne craint pas d'épouser les vues adverses, avec les visées inattendues et fortes qu'il prête à l'autre, avec le dérangement en lui-même d'une pensée autre, J.-B. Pontalis sait mettre cent fois sur le " métier " l'ouvrage d'une réflexion qui a traversé le dernier demi-siècle, continue d'être centrale, et n'a cessé de compter bien au-delà du cercle des psychanalystes.

  • « La Meilleure des vies ? éloge de la vie non vécue est un livre sur les expériences que nous n'avons jamais eues et dont nous sommes en deuil. Chaque chapitre décrit une expérience de la vie ordinaire où nous ne sommes pas capables de vivre comme nous le désirons. Et, du fait que quelque chose ne se produit pas, se creuse l'espace de quelque chose d'autre : la frustration et l'imagination sont vues ici comme entretissées. Avec l'aide de la psychanalyse et du grand théâtre shakespearien, ce livre fait l'éloge de ce qui a manqué à notre désir. »Adam Phillips

  • Devenir Freud. Biographie d'un déplacement est un essai sur la vie de Freud de sa naissance à ses cinquante ans. Questionnant l'usage du matériel biographique et de son statut, c'est un essai paradoxal où Adam Phillips s'appuie sur des écrits et actes de Freud témoignant de son scepticisme profond quant au genre biographique, tout en faisant du biographe le faire-valoir du rôle du psychanalyste.
    C'est aussi la judéité de Freud qui est analysée, tant du point de vue de l'histoire de sa famille que de son attitude personnelle à l'égard du judaïsme. Le livre suggère que la psychanalyse a des choses à raconter sur l'histoire des juifs, car sans être une « science juive », elle est une science immigrante, une science en déplacement, et du déplacement. C'est une psychologie de et pour les gens qui ne peuvent pas s'installer et qui éprouvent leurs cultures comme étrangères.
    C'est un Freud différent de l'image qu'on en avait qui se dessine avec cet essai. Un jeune Freud tout d'abord, perçu à travers ses premiers écrits importants : le « livre du rêve », La Psychopathologie de la vie quotidienne, les Trois essais sur la théorie sexuelle, Le mot d'esprit ; le Freud marié et père de six enfants, plutôt que le « génie solitaire ». Devenir Freud entend rompre avec l'image du « grand homme » et nous invite à imaginer une histoire de la psychanalyse dans laquelle Freud, s'il était mort à cinquante ans, aurait laissé un extraordinaire héritage de textes aux destinées desquels le Maître n'aurait pu présider, et qui pourraient ainsi être librement interprétés par toute personne intéressée plutôt que par des disciples

  • - " L'indésirable absolu a quelque chose d'énigmatique et, au bout du compte, il s'agit toujours d'essayer de comprendre. C'est peut-être lorsqu'on n'y parvient pas qu'on est le plus près ". L'essai de Michel Gribinski prend pour exemple principal de " scène indésirable " celle, généralement oubliée ou méconnue, du programme eugénique nazi qui a donné lieu à la fondation Lebensborn et à la " germanisation " de centaines de milliers d'enfants chrétiens, blonds aux yeux bleus, enlevés, pendant la guerre, dans les pays occupés. On relève que ces kidnappings de masse ont été pratiqués sans haine particulière, de même que la destruction de masse des enfants jugés " racialement inutiles ". Et que les enfants nés dans les maternités du Lebensborn et abandonnés par leur mère pour être élevés par la SS - avant leur adoption par des familles allemandes -ont été traités avec " amour ". On soupçonne qu'au-delà du principe de la haine, là où la vie de l'esprit cesse d'être conflictuelle, règne une sorte d'amour rationnel, banal comme est " banal " le mal dont parle Hannah Arendt.La vie de l'esprit peut-elle ne pas être conflictuelle ? Qu'est-ce qu'un amour banal ou rationnel ?Ce sont- là quelques-unes des questions essentielles que pose cet essai où la réflexion est d'autant plus forte que l'auteur la mène sous nos yeux, nous en déroule le fil, déployant une pensée en recherche, inquiète, qui a l'ambition et la modestie d'" essayer toujours de comprendre ". Ici " l'indésirable ", précédemment, dans d'autres essais, " le trouble de la réalité " ou " la séparation imparfaite ".

  • Quand une civilisation se décompose, il est approximatif de se contenter d'énoncer qu'elle retourne à la barbarie. Elle fait autre chose. La civilisation s'est construite grâce au refoulement des pulsions sexuelles et meurtrières. Dans des situations de régression culturelle, on admettait que, le refoulement civilisateur ayant échoué, le pulsionnel tendait à régner sans contrôle, l'homme était revenu à l'état animal. Mais le XXe siècle a connu une régression d'une autre nature, un état de confusion entre le sujet et la masse. Cette confusion ne débouche pas sur une préhistoire de l'humanité, mais bien sur une post-histoire, un état nouveau de la civilisation où, en se résorbant dans la masse, c'est la mort et ses idoles que l'homme révère et célèbre. Cette révérence, cette célébration, c'est le mal absolu. Dans cette étude, Nathalie Zaltzman fait voir de façon radicalement différente ce qu'on appelle "crime contre l'humanité".

  • - " Le plus remarquable des essayistes anglais actuels. "(Alain de Botton)Evelyn Waugh disait : " Écrire n'est pas enquêter sur un personnage, c'est un exercice de la langue, et ça, ça m'obsède. La technique psychologique ne me dit rien. C'est le drame, le discours et les événements qui m'intéressent. "Pour Adam Phillips, la psychanalyse tient des deux : c'est à la fois une enquête sur un personnage et un exercice théorique et pratique de la langue. En tant que thérapie, elle enquête sur des personnages avec l'idée de rendre les gens plus heureux, de leur faire trouver la vie plus intéressante. Et à la différence de la littérature, elle offre la possibilité de voir exactement ce qu'est la vie, et pourquoi il est préférable - quand c'est le cas - de s'intéresser à elle plutôt qu'à la psychologie ou au langage.Après deux livres exigeants par leur technicité ( Winnicott et les Trois capacités négatives), voici un livre très accessible: il s'agit d'un " best of " tiré d'un recueil d'articles publiés dans la London Review of Books, le New York Times, l' Observer, etc. De Hamlet à Lacan en passant, évidemment, par Freud, un fil rouge réunit tous ces textes : l'idée selon laquelle la psychanalyse serait une branche de la " littérature ". Sans nier les effets thérapeutiques de l'analyse, Adam Phillips s'attache à montrer que la créativité (en particulier celle des écrivains) est une des clés qui permettent d'accéder à ce que les philosophes de l'Antiquité appelaient une bonne vie. Brillant, impertinent, profond, Adam Phillips devrait, avec ce livre, captiver le public français.

    - Adam Phillips est né à Cardiff en 1954. Psychanalyste à Londres, il a été le General Editor de la nouvelle traduction des oeuvres de Freud chez Penguin Modern Classics. Parmi ses derniers ouvrages traduits, sont parus en 2005 chez Payot La Mort qui fait aimer la vie. Darwin et Freud ainsi que La Boîte de Houdini. L'art de s'échapper. Aux Éditions de l'Olivier, collection " penser/rêver " en 2008, Winnicott ou le choix de la solitude ; en 2009, Trois capacités négatives.

  • Une brève histoire du genre rappellerait qu'avant d'être un thème majeur du féminisme, cette question et les études de genre émergent en 1955 des travaux du sexologue behaviouriste néozélandais John Money, puis du psychanalyste américain Robert Stoller dans les années 1960. Les observations cliniques relatives à l'existence d'un clivage entre l'anatomie génitale et le sentiment d'identité donnent alors lieu à l'idée qu'il n'y a pas de correspondance structurelle entre le genre et le sexe. Le choix du genre ne serait que le produit du sentiment qu'on a de soi : « Mon genre et moi », parce que « moi » devient une sorte de porte-parole en vérité de « mon genre » - en remisant aux oubliettes le sujet de l'inconscient.
    Le présent numéro vise à réintroduire ce « sujet » dans un conflit entre genre (qu'on se donne) et sexe (qu'on a) et, en manière de conclusion provisoire, il propose une hypothèse : « théorie » du genre, réelle ou supposée, et croyances en un « ordre naturel » seraient deux manifestations symptomatiques de la résistance contemporaine narcissique au sexuel infantile inconscient. Avec des idéologies différentes, une culture identitaire fermée sur elle-même par définition est, dans les deux camps, en train de s'instaurer.

    AU SOMMAIRE MONIQUE SCHNEIDER Protestations touchant le sexe FRANÇOIS BEGAUDEAU Théorie du jeu ROBERT STOLLER, HAROLD GARFINKEL, ALEXANDER C. ROSEN Le passage (introduction de Michel Gribinski) PIERRE-HENRI CASTEL La Métamorphose impensable après coup GILBERTE GENSEL Son genre et lui HENRI NORMAND Mon genre ou Moi ALAIN BOUREAU Thérèse est mon nom JEAN-MICHEL REY D'un devenir pour le moins improbable MATHILDE GIRARD Du genre résistant FRANCESCO PAOLO ADORNO De Robocop à Peter Pan CATHERINE RODIERE-REIN Perdre sa langue GABRIEL BERGOUNIOUX Ce que le genre fait en langue MICHELA GRIBINSKI Le genre que l'on se donne JEAN IMBEAULT La désexualité Petit glossaire associatif du Genre ANTONIO ALBERTO SEMI L'humeur vagabonde FRANÇOIS GANTHERET Conscience de poitrine Trans MARIA MARCELLIN Ce qui nous pousse

  • L'Enfant très malade ne rappelle en rien les travaux existants ni les livres antérieurs de Daniel Oppenheim. Son absolue nouveauté coïncide sans doute avec la réflexion, au sens propre, le retour sur soi qui s'impose quand vient le terme d'un engagement. Daniel Oppenheim vient en effet d'arrêter un travail de quelque vingt-cinq années à Villejuif, dans un service médical de pointe : l'enfant très malade est un enfant cancéreux. Peu de livres font voir avec un tel mélange de force et de retenue la double présence de l'enfant et celle de son thérapeute psychanalyste : l'enfant qui est atteint dans sa vie, même lorsqu'il guérit ; le thérapeute, que la blessure faite à l'enfant et à l'enfance ont marqué définitivement, et qui ne cède jamais. C'est aussi que la " leçon " psychanalytique a ici sa pleine portée : à savoir qu'entre l'enfant très malade et l'auteur, au coeur même de la double présence, on ne trouve pas une relation duelle, interpersonnelle, mais l'activité, le moteur d'un troisième terme. Il y a un ailleurs qui donne sens aux fantasmes, rappelle au chaos l'ordre qui lui est sous-jacent et qui s'impose aux deux acteurs, règle le déroulement, les actes et les scènes de la tragédie.Cet ailleurs, dans ce livre magnifique, est figuré par le dessin. Daniel Oppenheim n'interprète pas le dessin car le dessin parle. Il parle si bien, il est si bien raconté par l'auteur qu'il n'a pas besoin d'être reproduit - aucune reproduction donc dans ce livre. Reste alors, pour le lecteur, le sentiment d'avoir été admis, amicalement, par l'enfant lui-même, à élargir sa compréhension -sous l'oeil attentif du Dr. Daniel Oppenheim.

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  • ÿþ " Le temps du trouble, c'est le passé, la manière que chaque discipline a de l'inventer. Le temps du trouble, c'est aussi le présent, à l'instauration et au service duquel finit tout ce qu'on dit, tout ce qu'on pense. Et c'est le grand mouvement incertain qui va de l'un à l'autre et les remanie tous les deux, présent et passé: c'est le temps de l'après-coup - le créateur d'événements.Le temps du trouble, c'est aussi l'époque actuelle, quand la crise de la conscience européenne annonce aujourd'hui la fin des Lumières.Ce numéro salue ainsi le premier roman français en date, son histoire, les ressorts inconscients de l'amour, et l'héroïne de ce roman - la très troublée princesse de Clèves -, dénoncé par les délégués d'une société qui veut en urgence en finir avec le concept même de trouble.

    " Avec des contributions de psychanalystes: Françoise Laurent, Alberto Semi, Daniel Oppenheim, Alberto Luchetti, Catherine Rodière-Rein; d'historiens: Christian Jouhaud, Judith Lyon-Caen, Nicolas Schapira, Dinah Ribard; de littéraires: Alain Cantillon, Laurence Giavarini; du philosophe Jean-Michel Rey; de l'anthropologue Jeanne Favret-Saada; et avec un entretien entre l'astrophysicien Michel Cassé et l'écrivain Pierre Bergounioux.

  • L'aspect un peu baroque de ce livre tient à son sujet même : son fil conducteur est une tresse. Celle que toute parole recèle en secret. Le titre l'évoque : des associations (une lutte des rêves) enroulées autour de concepts (des classes logiques). Mais ces associations ont un sens qui n'apparaîtra qu'après-coup : c'est le troisième brin de la tresse. L'essai de Max Dorra analyse la méthode de la libre association, la plus géniale de toutes les inventions freudiennes, qui fait de nous de véritables Houdini, capables de déjouer nos faux huis-clos, de démasquer le caractère illusoire de ce qui nous ligotait, pensions-nous. "Associer", c'est laisser venir tout ce qui vous passe par la tête sans chercher à être intelligent, ne pas être philosophiquement correct. La libre association, "règle fondamentale" du traitement psychanalytique, rend Freud insoluble dans la philosophie traditionnelle. En retrouvant une douleur plus ancienne, elle permet de remettre les choses à leur place. Freud fait lui-même une découverte bouleversante : c'est de réminiscences qu'il souffre. Il le découvre en "embrassant d'un seul regard" toutes ses associations et élabore ainsi une mémoire du sens. La méthode des associations libres nous apprend que l'on peut s'échapper du "jardin aux sentiers qui bifurquent" et sortir paradoxalement du "monde extérieur", de ses labyrinthes, de ses pièges. Ainsi la lecture de cet essai, aussi libre que la méthode dont il traite, procure-t-il le sentiment grisant de la découverte, sous la conduite d'un "psychologue surpris", pour reprendre un titre de Reik, et qui est aussi un humaniste étonné.

  • Cette méditation sur la perte, où la chaleur de l'intelligence le dispute à la mélancolie humaniste, fait entendre quelques "conseils" inhabituels : " boire frais", c'est-à-dire ne pas se laisser entraver par des automatismes acquis ; s'abandonner, un peu, à la musique intérieure ; ne pas s'en tenir à la seule vertu du langage mais, sans pour autant s'en déprendre, accueillir les médiations non verbales, leur pénombre ; rêver son amour les yeux ouverts. En cours de promenade, le lecteur aura fait l'expérience de la limite du conscient et de l'inconscient, du sens et du non-sens, du formel et de l'informe. Il aura senti que le mouvement de la nuit ne cesse pas avec le jour.

  • Dans un port breton, l'existence d'un camp de prisonniers politiques livrés aux allemands par des soldats français est oubliée ou ignorée des habitants. Les sinistres caves de l'École du service de santé militaire de Lyon où ont été torturés Jean Moulin et d'autres résistants sont transformées en boîtes de nuit. En Algérie, c'est la guerre : un officier du Renseignement organise la torture et devient fou. Enfin une histoire d'acrobate, qu'on ne résumera pas.
    Dans quatre récits qui témoignent d'une vérité historique malmenée ou occultée, l'auteur revisite des souvenirs précis et énigmatiques, mène une enquête dans sa mémoire. Sont-ce ses propres souvenirs ? Appartiennent-ils à une époque révolue ? Doit-il les reléguer dans le passé d'une Histoire commune à oublier ?
    Dans cette quête des origines, les récits, commencés comme des films en noir et blanc, s'incarnent alors là où le souvenir personnel trouve la mémoire collective - et la précise.
    L'écriture de Souvenirs d'un autre, précise et limpide, ne recherche pas l'effet : elle construit un mode intermédiaire entre la narration et la réflexion, dans lequel la psychanalyse est présente au même titre que le confident du théâtre classique.

  • La loi a donné le droit aux personnes de même sexe de se marier et d'adopter. Elle porte un enjeu de société et met en avant l'institution du mariage et une fonction parentale qu'elle dit "libre" plutôt que liée au sexe ou au genre. Que deviendra l'enfant ? S'intéresser à la question de savoir s'il est bien ou mal, juste ou pas, révolutionnaire ou régressif que des personnes de même sexe se marient semble plus aisé que d'examiner ce qu'il advient de l'enfant.
    Chacun est d'accord que deux personnes de même sexe sont parfaitement capables d'élever un enfant avec l'amour nécessaire. Mais cette vue très simple de l'amour parental est inexacte : elle ne tient pas compte des mouvements inconscients propres à chacun ni du destin de ces mouvements. Le fameux amour parental couvre les besoins. Que sait-il de son désir, qui mène une vie secrète dans le conflit psychique interne, déguisé et vital, propre à chaque enfant comme à chaque enfant que le parent a été, et qui continue sa vie en lui ? Avec notamment une histoire de deux couples homoparentaux plus vraie que nature par François Bégaudeau, des réflexions engagées de Jean Clair et Geneviève Delaiside Parseval, une promenade dans l'histoire des questions homosexuelles dans l'Antiquité de Jackie Pigeaud, des cas d'analyse d'enfants (Caroline Thompson, Jocelyne Malosto, Annick Merken), un parcours critique du rôle des "psys" dans la presse de ces derniers mois de François Richard, la lettre refusée par Le Monde de François Gantheret, un point de vue sur le rôle de l'État de Caroline Eliacheff, un dialogue troublant entre Bouvard et Pécuchet de Catherine Rodière-Rein, une lettre argumentée à Freud pour lui demander ce qu'il pense de tout ça de Gilberte Gensel, etc.

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