Littérature germanophone

  • " skoutchno est un mot russe très difficile à traduire.
    Cela signifie plus que morne ennui : c'est un vide de l'âme qui vous aspire de manière indéfinie mais vive vers une nostalgie prenante, telle une vague. alors que j'avais treize ans, âge que dans le langage courant l'on désigne sous l'appellation d'"âge ingrat", mes parents ne savaient plus à quel saint se vouer. nous habitions en bucovine. [. ] mais ce que je veux raconter m'apparaît aussi lointain dans l'espace et le temps que si je n'avais fait que le rêver.
    Et pourtant tout a commencé comme une histoire très ordinaire. " cette mitteleuropa à jamais disparue, gregor von rezzori la recrée dans un livre admirable, oú résonne un murmure, celui " de la vraie vie perdue, de la promesse de bonheur qui s'est dissoute " (claudio magris). roman d'initiation - à l'histoire, aux femmes, à l'altérité -, mémoires d'un antisémite nous parle de passions délétères, d'obsessions morbides, de crimes inavoués.
    C'est le livre du déracinement et de l'errance. de czernowitz à bucarest, de vienne à rome et à munich, son héros découvre ce qui sera la question de son existence, ce moi fragmenté, flottant, porteur d'un pessimisme absolu, mais aussi d'une légèreté et d'un humour qui seuls peuvent rendre la vie supportable. " voici un roman qui s'attaque - sans réprobation, sans illusions ni jugements moraux superficiels, tour à tour engagé et détaché, drôle et triste, tendre et cruel - au phénomène de l'antisémitisme, [.
    ] cette tragédie qui a changé la face de l'europe et du monde. " bruce chatwin.

  • " Ne pas être un père qui dit à son fils : on doit fonctionner. " Taguchi Hiro refuse de " fonctionner ", il refuse aussi de sortir de sa chambre, de se mêler aux autres, y compris les siens. Il a 20 ans, il est ce qu'on appelle au Japon un hikikomori. Telle est sa situation lorsqu'il aperçoit, dans le parc en face de chez lui, un homme qui semble passer ses journées assis sur un banc : il porte un costume, une mallette, et surtout une belle cravate, qu'il relève sur son épaule pour manger le bento, bref cet homme est un employé modèle, un salaryman. On s'en doute, l'apparence est trompeuse. Le salaryman, Ohara Tetsu, a perdu son emploi, mais ne veut pas l'avouer à son entourage.
    Taguchi Hiro et Ohara Tetsu finissent par se rencontrer, ils parlent, parlent indéfiniment.
    Voilà l'essentiel du roman, ponctué par les récits des deux protagonistes, la disparition d'un ami poète fauché par une voiture, le suicide d'une camarade de classe, la vie de famille, la vie scolaire qui n'existe plus, la vie professionnelle brisée nette, le vide après la mort d'un enfant et l'amour d'une épouse.
    La Cravate n'est pas seulement un livre sur le phénomène japonais du hikikomori: plus universellement c'est un roman consacré à la pression sociale, celle qui fait éclater les esprits et les êtres. Mais sans militantisme, sans colère. Juste un roman sombre et léger, qui ne craint pas d'évoquer des sujets aussi graves que la solitude, la liberté, l'enfance et la mort.

  • En 1946, dans une conférence faite à la société psychanalytique de san francisco, l'un des derniers représentants des lumières défend la grandeur de freud.
    Theodor w. adorno, que l'on tenait pour plutôt acerbe à l'égard de la psychanalyse, prend position en faveur d'une radikale psychoanalyse contre ceux qu'il nomme les "révisionnistes néo-freudiens" dont la pensée "frappée au coin de l'anodin" et les formulations du niveau d'un "courrier des lecteurs" ne sont pas tolérables à qui essaie de comprendre les rapports entre la société et l'individu après auschwitz.
    Les ennemis de freud "pactisent avec le bon sens", "confirment les préjugés sociaux", ne se "distinguent plus guère de l'indignation bien-pensante" ils sont "universellement acceptables". la mise en pièces amère et sans appel a sa place dans les polémiques d'aujourd'hui. la conférence d'adorno, inédite en français, est traduite et située dans l'histoire des idées par jacques le rider.

  • La bucovine, vous connaissez ? d'abord turque (en 1538), puis autrichienne (en 1775), austro-hongroise (en 1867), roumaine (en 1919), soviétique (en 1940) puis de nouveau roumaine (en 1941), avant de redevenir soviétique en 1947, elle fait partie de la république d'ukraine depuis 1991.
    Une région magnifique, avec ses forêts, ses rivières, ses douces collines. et czernowitz, la capitale, ville natale de manès sperber, de paul celan, d'aharon appelfeld et de gregor von rezzori. c'est là que s'enracine neiges d'antan, souvenirs d'un aristocrate errant - ses " vrais " mémoires au regard des affabulations magnifiques des mémoires d'un antisémite. mais rezzori demeure avant tout un écrivain, et ce texte, loin de toute nostalgie, est une suite de portraits extraordinaires d'où émergent son père, sa mère et sa soeur.
    Et sa nourrice kassandra, créature primitive, carnavalesque, dont le comportement fantasque le marquera à jamais. en même temps, rezzori scrute les lignes de rupture politiques et idéologiques qui, sous la surface des choses, cheminent de manière invisible, préfigurant l'effondrement total et définitif d'un monde aujourd'hui disparu.

  • Un roman brillant et ambitieux qui évoque l'oeuvre de Joseph RothL'histoire se déroule dans les premières années de l'immédiat après-guerre, c'est-à-dire après la disparition de l'empire des Habsbourg, et communique le sentiment d'égarement et de confusion qui s'ensuivit. Symbolique de cette fin tragique est le destin de Tildy, hussard de l'armée austro-hongroise, avec son anachronique sens de l'honneur et de l'obéissance. Une allusion maladroite à Mme Koralewitsch, une demi-soeur de sa femme, le conduit à provoquer en duel deux de ses supérieurs qui, au lieu de l'affronter, le font enfermer dans un asile d'aliénés. Lorsqu'il en sort, il décide de tuer l'un d'eux pour laver son honneur, mais la balle qu'il lui destine ne fait que l'effleurer, la vengeance tourne au tragi-comique. Tildy se réfugie dans un tripot où il prend conscience, trop tard, de l'absurdité de son combat. La fin de ce personnage, qui ne meurt ni au front ni en duel, mais écrasé par un tramway, est l'une des scènes les plus fortes du livre.Représentant pathétique d'un ordre révolu, Tildy agit avec autant de bravoure et d'inconscience que l'hermine du titre, dont la légende prétend qu'elle meurt dès que son pelage est souillé.Ce roman extraordinaire est un tableau sombre et ironique du monde habsbourgeois abordé par l'atmosphère irréelle de ses confins, une transfiguration qui n'idéalise pas plus le passé qu'il n'en dissimule les fractures.Le texte que nous proposons est une nouvelle traduction. En effet, la traduction de Louise Servicen, publiée en 1961 chez Gallimard sous le titre L'Hermine souillée, apparaît aujourd'hui datée parce qu'elle recourait assez souvent à une langue inutilement archaïsante qui aplanissait le ton ironique et satirique du texte allemand, en plus d'être incomplète car l'auteur a remanié son roman à plusieurs reprises.

  • - La comédie littéraireUn juif d'occasion n'est pas le récit chronologique d'une vie mais plutôt un collage d'histoires de famille, de portraits d'amis ou de rivaux, de questions sur la littérature et sur la polémique, de réflexions sur son identité juive en Allemagne, laquelle devrait tendre vers une normalité à mi-chemin entre assimilation et exclusion volontaire. Biller est une épine dans le pied des Allemands qu'il aimerait aider à redevenir eux-mêmes "après des années d'auto-dénégation". Et il est juif "depuis le jour où il a découvert le plaisir qu'il prenait à embarrasser les autres avec le fait d'être juif". Ce livre raconte donc la tragi-comédie d'un Juif, qui ne cesse de s'entendre dire qu'il ne devrait pas revendiquer de l'être.Que Maxim Biller se mette à écrire, et l'on comprend vite qu'il n'est pas homme à se taire. C'est là que commencent (pour lui) les ennuis et (pour ses lecteurs) un récit, à la fois drôle et acide, provocant et touchant, car l'auteur qui aime la polémique est doté d'un humour féroce. Il se souvient de ces années où, étudiant, il retrouvait dans le Jardin anglais de Munich sa bande d'amis, dont il était malgré lui le "Woody Allen". Il affectionnait particulièrement les personnages "hystériques, drôles et tyranniques", non sans ressemblance avec sa propre famille. Il évoque aussi les années 80, la Pop et la Nouvelle Vague, les livres de Boris Pasternak et Mordecai Richler, les chroniques de Bob Dylan, ses fréquents séjours en Israël, etc. Ajoutons que cet autoportrait s'inscrit dans la tradition du portrait de l'artiste en grand mélancolique, que l'auteur conclut ainsi : "A 20 ans on sait tout, à 30 on le sait vraiment, et à 40 on ne sait plus rien." - Maxim Biller est romancier, essayiste et journaliste politique. Né en 1960 à Prague, de parents juifs originaires de Russie, il a dix ans lorsqu'il émigre en Allemagne avec ses parents et sa soeur (Elena Lappin) à la suite de la répression du Printemps de Prague.Maxim Biller étudie la littérature à Hambourg et Munich puis le journalisme. Il commence à écrire pour le magazine Tempo où, entre 1986 et 1996, il exerce son talent de polémiste dans une chronique qui le rend célèbre : " Hundert Zeilen Hass " ("Cent lignes de haine"). Il collabore également au Spiegel, au Frankfurter Allgemeine Zeitung et au Zeit. Depuis les années 90, il publie régulièrement romans et nouvelles. Son premier recueil Ah, si j'étais riche et mort (1990) est salué dans le Süddeutschen Zeitung comme le retour de la littérature juive en Allemagne.

  • Le bourdonnement des insectes, la moire d'une aile de papillon, des jardins qui vibrent dans la chaleur de l'été, le flot coloré d'un champ de lis : en 24 histoires marica bodrozic reconstitue avec une candeur presque enfantine les images de son village dalmate.
    Mais au-delà des moments idylliques d'une vie simple pointent aussi l'archaïsme étriqué, l'étroitesse d'esprit et l'agressivité des villageois. il ne faut pas se fier au soleil qui brille : l'horreur et l'angoisse se logent dans les ombres qu'il projette. l'extrême originalité de marica bodrozic se manifeste surtout dans sa sensualité aiguë. a travers des visions qui sont autant d'illuminations, et la présence de symboles et d'obsessions récurrentes (les serpents, les papillons, la fièvre), l'auteur tisse un réseau de correspondances poétiques qui évoquent l'atmosphère du romantisme allemand transposée dans le quotidien de notre époque.

  • - InstantanésDes hommes et des femmes se rencontrent, plutôt aux heures du crépuscule, à Berlin, Hambourg, Munich, Prague ou Tel Aviv. Ils s'enflamment, sans pour autant poursuivre leur chemin ensemble. Ils ont beau être assis, voire couchés, côte à côte, ils restent étrangers l'un à l'autre. Un homme persuadé que sa fiancée est venue lui annoncer leur rupture guette chacun de ses mots, s'habitue peu à peu à cette idée, s'en trouve presque soulagé, lorsqu'elle sort du salon pour s'allonger sur son lit où elle l'attend. Deux Israéliens à Prague repoussent leur ennui et leur sentiment d'étrangeté en faisant l'amour sur fond de musique israélienne. Un homme s'inquiète soudainement pour la vie de sa bien-aimée et la trouve morte dans la baignoire de son ex-amant... Qu'ils se rencontrent par hasard ou se fréquentent depuis longtemps, qu'ils multiplient les aventures ou vivent une grande passion, tous les personnages de ce recueil attendent de l'autre plus que ce qu'ils sont prêts eux-mêmes à offrir. Tous tendent vers un même idéal : le véritable amour.Les 27 nouvelles de ce recueil, qui brillent par leur intelligence et leur humour, sont autant de variations autour du thème éternel de l'amour, ou plutôt du "non-amour", de l'impossibilité à être heureux ensemble. Peu d'action, de nombreux dialogues, des fins ouvertes : à travers ses "instantanés", Maxim Biller parvient à fixer les contours flous des situations amoureuses qu'il met en scène, il attrape l'éphémère de l'amour et montre qu'un instant de bonheur peut aussi porter du tragique en soi.

    - Maxim Biller est romancier, essayiste et journaliste politique. Né en 1960 à Prague, de parents juifs originaires de Russie, il a dix ans lorsqu'il émigre en Allemagne avec ses parents et sa soeur (Elena Lappin) à la suite de la répression du Printemps de Prague.Maxim Biller étudie la littérature à Hambourg et Munich puis le journalisme. Il commence à écrire pour le magazine Tempo où, entre 1986 et 1996, il exerce son talent de polémiste dans une chronique qui le rend célèbre : " Hundert Zeilen Hass " ("Cent lignes de haine"). Il collabore également au Spiegel, au Frankfurter Allgemeine Zeitung et au Zeit. Depuis les années 90, il publie régulièrement romans et nouvelles. Son premier recueil Ah, si j'étais riche et mort (1990) est salué dans le Süddeutschen Zeitung comme le retour de la littérature juive en Allemagne.

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